La question peut sembler saugrenue, voire dénuée de sens, mais au vécu des exercices faits dans le cadre de ma formation de psychothérapeute, elle mérite d'être posée.
A chaque session, ou presque, il est question du groupe. Dernièrement, un exercice consistait à écrire sur une feuille siuée dans le dos d'une personne une sorte de caresse positive. Au
final, on avait un aperçu de ce que le groupe souhite nous donner. Je dis : faux !
Analysons l'exercice : il s'agit de phrases données par des personnes faisant partie d'un groupe ayant chacune une vision distincte de l'individu auquel elles ont aposé un mot sur une feuille. On
a donc un regroupement de visions, anonymes de surcroît, et non une vision du groupe. Et je pense que cette interprétation est importante. Supposer que le groupe ait une vision globalement
identique d'un individu ou d'une relation ne détermine pas nécessairement ce que chacun voit. Par exemple, il y a une des personnes du groupe à qui j'ai noté un mot que je suis le seul à
considérer dans ma vision de cette personne. Est-ce l'avis du groupe ? Il est clair que non, il n'y a eu aucune concertation, formelle ou non, formulée ou non.
Initialement, le premier groupe que l'on fréquente s'appelle la famille. On le considère comme un groupe à partir du moment où on a 3 individus (les parents et l'enfant), concept à replacer dans
un cadre mono-parental mais là n'est pas la question. Ce groupe a donc au moins 2 visions très distinctes qui tentent de s'imposer comme consensus dans le développement familial : règles
d'hygiène, d'éducation, de choses à dire ou pas... tant que les enfants vivent sous le toit ! Condition sine qua none pour ne pas être en mesure d'ajouter son point de vue au consensus.
"Quand tu seras chez toi, tu gèreras comme tu en auras envie. En attendant, ici le chef c'est nous." Même si ce n'est pas toujours formulé avec autant de manque de tact, c'est souvent ce
que l'on laisse entendre dans le comportement. Et dans de telles conditions, à moins d'avoir un tempérament de mouton ou un esprit vengeur dictatorial, cela ne donne pas envie d'entrer dans un
groupe !!
Les autres élèves me demandent aussi si j'aime bien ce groupe, si j'aime travailler avec lui. Non, je n'aime pas le groupe, et non, je n'éprouve aucun sentiment à son égard. Cependant, j'ai ma
vision pour chacun des membres de ce groupe, et je n'agis pas pareil avec l'un ou l'autre, je ne ressens pas les mêmes choses avec l'un ou l'autre, je n'ai pas les mêmes centres d'intérêt avec
l'un ou l'autre. Le groupe n'existe que parce que l'on a un objectif commun en un lieu commun.
Pour finir, quelque part je me moque de ce que le groupe, ou chaque être le constituant, peut penser de moi, de ma manière de penser ou de voir. Je ne suis pas là pour me faire des amis ni des
ennemis, mais pour apprendre des choses sur les problèmes des gens et comment les aiguiller vers la résolution de ces dits problèmes. Si 90% des individus ont une vision certaine de moi, on dira
que le groupe me voit comme ça, et que sa vision devrait influencer mon comportement vis-à-vis de ceux-ci ou de moi-même, et c'est ce que l'on appelle la dynamique de groupe.
Chacun son truc. Je me souviens que lors d'un exercice, le formateur avait demandé à un des élèves : qu'aimerais-tu dire au groupe ? Personnnellement, j'aurais répondu : je t'emmerde, je n'en ai
rien à foutre de toi, car tu n'es rien face à ceux qui te composent.
On peut dire qu'un groupe est un ensemble d'individus délimité dans l'espace (la salle de formation) et le temps (la durée de la formation) avec un consensus (acquérir un
savoir pour devenir psychothérapeute), et que l'on ne peut concevoir ce groupe sans tous les aspects propres à tous ceux qui le composent. Il reste une communauté, à condition que les règles du
consensus soient respectées par chaque membre qui le constitue.
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